La gestion politique de la covid vue par Bruno Maurer

Bruno Maurer a bien voulu me donner la permission de publier ses réflexions sur cette “épidémie” qu’il a couchées par écrit dans cet article. Qu’il en soit remercié.

Cela fait un bon temps que je ne vous ai pas écrit sur la gestion politique du Covid. Chacun peut se faire son opinion et qui suis-je pour vouloir au quotidien vous partager les miennes ? Traitements, vaccins, mesures de confinement, libre à chacun de s’informer. De se faire son avis en fonction de son expérience de vie aussi, de son âge, de sa santé. Pas de vérité à imposer, et oui cela ne doit pas être simple de gérer une crise sanitaire, de faire des choix, des arbitrages… Je sais bien cela, pas de solution simple !

Et si j’ai arrêté d’écrire depuis quelques mois, c’est aussi que ce sujet est devenu si clivant : c’en est terrible ! C’est parce qu’au fond, il met en question nos systèmes de valeurs (santé, sécurité, liberté, sens de la vie, place de la mort) et qu’il peut amener des parents, des amis à s’opposer, et durement… alors même qu’ils sont d’accord sur tant de choses par ailleurs. Encore faut-il qu’ils aient le temps de se parler sur le fond et de se dire au nom de quelles valeurs ils s’opposent sur cette question de santé qui est devenue une question politique, si forte qu’elle interroge notre fonctionnement démocratique.

Si je prends le risque – je pèse mes mots – de revenir aujourd’hui, et peut-être de heurter certains d’entre vous avec mes positions que je formule parfois en termes d’interpellations, c’est parce que je pense que l’on vit actuellement un changement radical de nos sociétés démocratiques, à petites touches, au nom de la préservation de la santé. Si vous n’êtes pas d’accord, ce n’est pas grave ! Le silence qui nourrit l’incompréhension est plus grave à mon sens. Et on se retrouvera (peut-être, si le pouvoir le permet), autour d’un repas et d’un ou de plusieurs verres !

Je partage à nouveau un article qui n’est certes qu’un point de vue, mais les questions qu’il pose me semblent pertinentes et on y aborde incidemment la question du passeport santé.  Il me servira de point de départ

.https://www.lefigaro.fr/vox/societe/port-generalise-du-masque-une-democratie-sans-visage-n-est-plus-une-democratie-20210514

Je l’ai partagé à certains d’entre vous hier déjà en faisant remarquer que ce passeport s’avançait avec un argumentaire littéralement orwellien (Souvenez-vous de 1984 et de ses slogans en Novlangue “La guerre c’est la paix”… et si vous n’avez pas lu, c’est le moment…). Eh bien, le pass sanitaire va, selon le discours officiel, nous permettre de « retrouver la liberté et de voyager librement » !  Moi qui croyais cette liberté totale, avec une libre circulation des personnes instaurée entre 1985 et 1990 par les accords et conventions de Schengen, libre circulation qui a été la pierre angulaire de la citoyenneté de l’Union, instaurée par le traité de Maastricht en 1992, puis intégrée aux traités constitutionnels européens dès le Traité d’Amsterdam en 1997 et confirmée ensuite par le Traité de Lisbonne ! Il y aurait donc des principes supérieurs à cette citoyenneté européenne ? J’avais dû rater une étape en route. 

A cette question que je posais, j’ai eu plusieurs réactions et une réponse : « Oui… ce principe supérieur au Traité est le principe de réalité, tout simplement ». Eh bien, ce début de dialogue est fécond, car cette réponse me permet d’expliciter mes étonnements et mes craintes. Je le fais maintenant.

La réalité… quelle réalité ? Ne pouvant pas invoquer une mortalité ou une létalité hors norme car l’immense majorité des personnes atteintes en guérit et qu’on traite le Covid dans la plupart des cas, le pouvoir lui-même n’a jamais évoqué qu’une seule réalité pour justifier son confinement et toutes les mesures afférentes : celle d’un système hospitalier qu’il faut sauver de l’engorgement. Un système hospitalier dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est privé de moyens : 

Public Sénat et Cour des Comptes

https://www.publicsenat.fr/article/societe/reanimation-notre-systeme-de-sante-est-a-genoux-denonce-laurence-cohen-188169

Sputnik

https://fr.sputniknews.com/france/202102021045167132-promesse-non-tenue-pendant-la-pandemie-les-suppressions-de-lits-dhopital-se-poursuivent/

A lire ces données, on se dit que c’est peut-être double bénéfice pour ceux qui ont commencé par détruire l’hôpital public et qui continuent maintenant avec la démocratie. 

Je suis de plus en plus pessimiste sur le monde d’après. En effet, au nom de ce principe « de réalité », tout devient possible : il n’y a en effet plus de limite car il suffit de dire ce qu’est la réalité. De la produire. C’est un des attributs du pouvoir, secondé par la machine médiatique. Dans cette production récente de la réalité par le pouvoir, il y a eu toute la construction discursive sur le thème « Hors du vaccin point de salut possible, le vaccin seul instrument de sortie », alors que plusieurs thérapies existent et sont bel et bien utilisées, et avec beaucoup de succès : il n’est que de voir les statistiques officielles de sortie des hôpitaux.

Le masque sert-il à quelque chose, notamment en extérieur ? Probablement à rien (l’article du Figaro part de là), plusieurs études le disent, mais on nous oblige pourtant à le porter partout. Le pouvoir devrait au moins, pour maintenir pareille mesure, être en mesure de justifier son utilité. Or, il ne se sent même pas astreint à le faire : c’est dire à quel manque de contrôle du pouvoir nous sommes arrivés. Idem pour l’impact des autres mesures, couvre-feu par exemple, et même confinement. Le seul fait que le pouvoir puisse se passer de devoir se justifier alors qu’il prend des mesures qui touchent à nos libertés et à notre vie de tous les jours devrait nous effrayer : cela veut dire que tous les arbitraires sont possibles. On le voit d’ailleurs à toutes ces décisions plus ubuesques les unes que les autres et dont on se moque au quotidien :”Mieux vaut en rire tellement c’est con…” 

En fait, on ne devrait pas en rire : une seule décision absurde, c’est à dire non fondée, c’est un coin enfoncé dans la démocratie par un pouvoir totalitaire, il n’y a pas d’autre mot pour désigner un pouvoir qui ne se préoccupe pas de fonder ses décisions. L’Assemblée nationale française avait d’abord voté il y a quelques jours contre le pass sanitaire… Mais 4 heures après, après quelques arrangements avec le Modem et sans doute des coups de téléphones pour rameuter les troupes en pleine nuit, elle votait pour. Belle séparation des pouvoirs : il n’y a plus aucun garde-fou démocratique. (Si vous avez du temps, vous pouvez lire le recours qui a été introduit au Conseil d’Etat et ce qu’il en est advenu. 

https://reinfocovid.fr/science/dernier-rempart/ –

Beaucoup d’infos au passage sur la crise sanitaire

C’est bien cela qui devrait nous effrayer. Cela et le concert des pays qui mettent en place en même temps la même mesure : comme cela, plus possible de résister pour le citoyen lambda. “Si tous les pays s’y mettent, on ne peut pas résister…”

Sur le masque, pas la peine d’en rajouter, même si l’article du Figaro ci-dessus montre son caractère anti-républicain en France.  Mais   son utilité me semble juste à considérer en tant que mesure-test pour le pouvoir : une mesure imposée sans aucun justificatif rationnel. Pareil pour les divers couvre-feu : 20 heures à Noël sauf le 24 décembre, puis 18 heures puis 19 heures. Par leur imposition arbitraire, le pouvoir a testé les limites de notre acceptation. Il les sait maintenant très grandes. Il peut aller de l’avant.

L’instauration du passeport sanitaire est en revanche une étape supplémentaire de nature totalement différente : contrairement à ce qui est prétendu, cet outil ne va pas créer des droits nouveaux pour ses détenteurs – car ces droits, jusqu’à son instauration du moins, tout le monde en jouit encore – mais bien priver les autres de leurs droits fondamentaux à participer à la vie sociale. Ce seront les voyages d’abord (« oh mais c’est pas grave, on peut bien rester au pays en temps de crise, il faut savoir faire des sacrifices, quel égoïsme ! »), les rassemblements à plus de mille (pourquoi mille ? Et pourquoi pas demain 500, 100, 10 ? Quand le pouvoir a les curseurs en main, il les bouge comme il veut  – « Oh mais c’est pas grave, on peut bien se passer de match de foot ou de concert, et puis y a la télé, faut pas exagérer »)… Qui est concerné ? Les adultes… les enfants aussi car on le demandera dès 11 ans… Là encore, le pouvoir a les curseurs entre les mains… 11 ans, 10 ans, 8 ans, 5 ans ? « Oh mais c’est pas grave, on les vaccine bien contre le tétanos et la polio. » Moi, tous ces « oh mais c’est pas grave »  me font penser à ce poème écrit à Dachau par le Pasteur Martin Niemöller et qui commence ainsi…

(http://www.lafauteadiderot.net/Poeme-ecrit-a-Dachau-par-le)

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit ;
Je n’étais pas communiste.

A force de  «  c’est pas grave », «  on peut bien se passer de… », un jour on voit qu’on a tout perdu et même l’essentiel, mais il est un peu tard.

Le passeport sanitaire, c’est en fait la voie royale pour obliger à la vaccination. On pourra toujours rétorquer qu’il suffit de présenter un test PCR négatif et qu’on n’est pas obligé de se faire vacciner… Aujourd’hui oui, mais demain ? Est-ce qu’on est sûr que cette condition va rester ? Il suffira de remettre en question la fiabilité des PCR (dont le pouvoir connait parfaitement les limites mais qui l’arrange provisoirement pour faire du chiffre en termes de malades) et on pourra proposer juste un petit amendement supprimant le test négatif PCR comme condition pour avoir un pass sanitaire « vert »… De même pour le troisième critère du passeport, le fait d’avoir guéri du Covid : mais on sait bien que l’immunité est limitée dans le temps, alors combien de temps sera compté après la guérison avant de devoir se vacciner à son tour? Et puis dès à présent, même si le PCR permet de ne pas se faire vacciner, c’est tellement plus simple, devant tant de tracasseries à venir, de se dire « Bon, je franchis le pas, même si j’ai pas envie, comme ça, terminé les problèmes… Parce que devoir faire un PCR chaque fois que je veux voyager ou sortir, merci bien ! » Oui, on peut comprendre ces réactions individuelles : il y en a marre de toutes ces privations, il faut en sortir maintenant, et si ce doit être au prix d’un simple vaccin, allons-y ! Mais c’est une vaccination qui, rappelons-le tout de même, se fait par le biais de vaccins qui sont tous en phase 3 d’essai clinique : si un principe de réalité devait être appliqué dans ce cas, ce serait d’abord le principe de… précaution : comment rendre quasi obligatoire un vaccin en phase de test ? En phase de test, cela veut dire en phase d’expérimentation médicale. Cela signifie que ces vaccins entrent dans le texte qui depuis 1947 régit éthiquement au plan international l’adhésion des personnes à ce genre de dispositif. Le Code de Nuremberg (si vous avez du temps, c’est ici :

 https://www.inserm.fr/sites/default/files/2017-11/Inserm_CodeNuremberg_TradAmiel.pdf). 

Mais curieusement ce principe de précaution est totalement mis de côté cette fois. La vaccination reposait jusqu’au Passeport sanitaire sur la libre adhésion de personnes (pas forcément éclairées, car ce n’est pas possible à ce stade, mais passons…) ; eh bien cela ne suffisait pas, on va renforcer l’injonction en instaurant ce dispositif qui restreint les libertés. Et ce malgré le nombre de questions encore en suspens… En voici une seule : un rappel tous les combien sera-t-il demandé pour que le passeport reste «  vert »  ? Quel effet aura ce vaccin administré tous les six mois ? Quel recul a-t-on sur cela ? Nul ne peut le dire. 

 Le passeport sanitaire, c’est la voie royale pour le fichage santé de toute la population : ce qui était impensable il y a quelque mois, une sorte de ligne rouge des libertés individuelles, devient, après cette symphonie de la peur que tous les pouvoirs ont entonnée, un formidable espoir. Un vrai cas d’école pour étudier les mécanismes de la propagande. Nos données seront stockées dans cette appli dont personne ne voulait mais que tout le monde devra donc avoir : qui les exploitera ces données aujourd’hui ? Et demain ? Carte blanche au pouvoir…Le prochain numéro de Cash Investigation, sur France 2, le 20 mai, nous apprend que nos données de Carte Vitale sont, sans notre consentement, livrées à une entreprise privée, IQVIA. Et c’est la CNIL, qui devrait nous protéger, qui a permis cela. C’est ici si vous avez du temps:

https://www.programme.tv/news/videos/212628-elise-lucet-sexplique-sur-ce-scandale-sur-les-cartes-vitale-revele-dans-le-prochain-cash-investigation-video/).

“Aie confiance » chantait Kaa au petit Mowgli… On aimerait bien !

Avant le pass sanitaire, la démocratie cédait déjà le pas devant une conception restrictive de la santé (éviter à tout prix un virus, “quoi qu’il (nous) en coûte”, quitte à faire des ravages sur le plan du vivre ensemble, de la santé mentale, sans compter les ravages économiques), une santé virale érigée en principe absolu au nom duquel tout devait se plier. Et des épidémiologistes et virologues qui ont seuls voie au chapitre et que le pouvoir tantôt écoute, tantôt feint de défier pour mieux jouer le spectacle de son… indépendance. Un duo bien réglé…

Avec le pass sanitaire, c’est l’idéal même d’une société faite d’individus libres, égaux et fraternels qui est enterré. Il y aura les « bons » et les « mauvais » , les «  altruistes »  et les «  égoïstes » , les détenteurs et les autres… Comment se résoudre à cela ?

Imaginons Castex venir dire à la télé, le 20 novembre 2021, au coeur de la réalité d’une énième vague faite de lits de réanimation à 60% de leur taux d’occupation, avec un énième variant menaçant  : “Des gens qui n’ont pas l’esprit républicain refusent de participer à l’effort national de santé publique et mettent en péril tout notre édifice… Vous en connaissez. Il est de votre devoir de citoyen de les désigner. Vous l’avez bien fait, vous : pourquoi pas eux ? C’est aussi votre devoir moral, car c’est pour le Bien commun… L’ennemi de l’intérieur est peut-être dans votre famille : aidez-le, aidez-vous, aidez-nous ! Vive la République, vive la France ! “

Et si Castex crée effectivement cette réalité par ces mots ? Que se passera-t-il ? 

Le pass sanitaire, c’est un pas de plus dans la dystopie. Le genre à la mode… Sauf qu’on n’est pas sur Netflix, on est en France, en Europe, dans le Monde, en 2021….

Au moment de conclure, je vais rajouter une petite de dose de pessimisme :  dans une France qui a déjà vacciné plus de 20 millions de personnes, combien seront contre le Pass vaccinal, qui semble ne plus les concerner vraiment, ces personnes qui sont de plein droit éligibles… quelques mois ? Combien ne verront pas l’importance de s’opposer sur le principe à quelque chose qui est si facile à obtenir au plan pratique et qui peut quand même… rendre des services ? Les politiques ayant accepté ou déserté la partie pour la plupart, quel relais pour une pétition de principe démocratique comme cette petite tribune personnelle ? La partie me semble perdue d’avance…

Mais je conclurai sur une touche d’optimisme. Se vacciner est un choix respectable, qui doit rester la décision de chaque personne. Plusieurs d’entre vous sans doute sont du reste vaccinés, ou s’apprêtent pour différentes raisons personnelles à le faire. Très bien. Mais on peut être vacciné et être contre l’instauration d’un passeport sanitaire, si on fait la distinction entre sa décision privée et des principes politiques. C’est le petit espoir qui me reste…

  1. 1
    Jean-Marie GLANTZLEN

    Merci pour cette longue analyse fouillée qui enrichit notre réflexion.

    Petit regret : ne pas avoir utilisé le terme de “‘injection génomique” quand il ne s’agit pas “seulement” de vaccin

    Mais ne pourriez-vous pas, SVP, sans trahir votre prise de conscience et votre volonté didactique, faire un résumé pour les “gens bien” réellement suroccupés ?

    Merci

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